La crise des scolytes

Sur une dizaine de grands principes de gestion, les acteurs de la filière Forêt-Bois se sont engagés collectivement pour réagir au mieux et garantir la pérennité des forêts. La suite du travail consiste maintenant, en la mise en application concrète de tous ces principes, dont certains sont d’ailleurs, d’ores et déjà appliqués depuis plusieurs mois. En plus de cette solidarité, les acteurs ont besoin d’un soutien prononcé des pouvoirs publics, pour mener à bien certaines des actions prévues…

Le changement climatique et l’augmentation des sécheresses ont été particulièrement favorables à l’affaiblissement des arbres et à la pullulation des scolytes,insectes qui ravagent les forêts de sapins/épicéas. Depuis l’année dernière, les attaques sont d’une virulence extrême, touchant des milliers d’hectares dans le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté.

En Grand-Est et Bourgogne-Franche-Comté, les forestiers comptabilisent déjà plus de 1100000 de mètres cubes d’épicéas scolytés. L’année dernière, en 6 mois, ces épicéas représentaient,à eux-seuls,40% du volume de résineux habituellement récoltés en un an, dans ces régions.Les conséquences de la crise des scolytes sont catastrophiques pour les forêts et les acteurs de la filière, de l’ordre de plus de 80 millions d’euros : dépérissement des forêts qu’il va falloir replanter massivement, dégradation du paysage par des coupes sanitaires obligatoires, perte de valeur des bois,dispersion des zones à récolter, impacts sur les trésoreries des transformateurs qui essaient d’absorber ces bois, difficultés de transport…

En 2019, les spécialistes s’attendent à une crise de plus grande ampleur encore… Alors depuis l’automne dernier, tous les acteurs de la filière forêt-bois du grand quart Nord-Est se sont afférés autour de leurs interprofessions FIBOIS Grand Est et FIBOIS Bourgogne-Franche-Comté pour élaborer un plan d’urgence.Et ce 6 juillet, à Colmar, c’est une dizaine de grands principes de gestion, qu’ils se sont engagés collectivement de suivre pour réagir au mieux et garantir la pérennité des forêts ! On peut notamment citer le monitoring des attaques, la priorisation des achats de bois malades à la place des bois sains, la réactivité dans la récolte et l’enlèvement des bois malades, la promotion de l’utilisation de ces bois bleuis par les attaques mais qui ont conservé toutes leurs qualités mécaniques, ou encore,  et pas des moindres : le renouvellement des forêts dans le respect des critères de gestion durable…En cette période crise, la Charte rassemblera les acteurs, depuis la forêt(En Grand Est, on peut compter : ONF Grand Est, Union régionale des Communes Forestières Grand Est, Union de la Forêt Privée Grand Est, CRPF Grand Est, Chambre d’agriculture Grand Est, Experts Forestiers de France de la région Grand Est, COSYLVAL, Forêts & Bois de l’Est, COFA, CFM, Groupement Champenois, CPF 52), jusqu’aux transformateurs(FNB Grand Est, EGGER Panneaux & Décors, Norske Skog Golbey, Unilin), en passant par les transporteurs(GTFAL), les ETF (EDTGrand Est), les pépiniéristes (Groupement des pépinières d’Alsace-Lorraine, Syndicat National des Pépinières Forestières), avec leurs interprofessions (FIBOIS Grand-Est et FIBOIS Bourgogne-Franche-Comté). Par ailleurs, la Charte sera prochainement signée par les acteurs de Bourgogne-Franche-Comté et les structures nationales.

Ce 6 juillet à Colmar, fut aussi l’occasion pour l’ONF, les Communes forestières et la FNB Grand Est, d’officialiser leur accord cadre scolytes. Celui-ci est en quelque-sorte une déclinaison concrète de la Charte collective, et fixe des délais d’exploitation, des accords sur les prix, des modalités de substitution de bois frais par des scolytés, … L’année dernière, ce type d’accord a permis à la forêt publique de commercialiser près de 40 % du volume de bois scolytés, en «scolytés frais», réel signe de réactivité et de collaboration!